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Et si cela devenait important de changer la formation ?

Il y a peu, sur un groupe Facebook où je suis admin, une personne demandait un avis sur une formation et, comme d’habitude, on a les sempiternelles conseils comme « Il faut maitriser le triangle d’exposition, c’est la base ». Le triangle d’exposition est une contrainte technique érigée en dogme. Une photo, c’est une composition. Vous savez composer et vous ne maitrisez pas le triangle d’exposition ? C’est pas grave, vous ferez de belles photos en auto. Vous maitrisez le triangle d’exposition mais vous ne savez pas composer ? Vos photos seront moches. J’ai une amie photographe qui est déclarée et qui a son planning plein et qui ne maitrise pas le triangle d’exposition. Par contre elle compose bien ses photos et ses clients sont contents.

Une vision dépassée de la formation

Quasiment toutes les formations sur la photo vont commencer par le triangle d’exposition. C’est que cela doit être important ? C’est une vision technique de la photo et une vision rébarbative. Car aujourd’hui avec les ISOs auto et le débruitage IA on s’en fout un peu du triangle d’exposition. On peut tout à fait sous-traiter l’exposition de la photo à son appareil. Il se débrouille très bien. Ça évitera de passer son temps à faire des réglages plutôt qu’à faire de la photo. Et en plus cette approche rébarbative de la formation n’est plus du tout adaptée aux personnes que l’on forme. Le but d’une formation, c’est de faire acquérir à une personne une compétence. Pour cela il y a deux manières de faire. L’élève doit s’adapter au formateur et il y a donc un risque de décrochage. Le formateur doit s’adapter à l’élève, mais ça demande plus d’implication du formateur. Mais quand c’est toute une génération qui n’apprend plus de la même manière, on fait quoi ?

L’approche pédagogique « à l’ancienne » se heurte aujourd’hui à un mur de réalité. La génération Z. On ne peut plus faire semblant. Si notre but, en tant que formateurs, est réellement de transmettre une compétence et non de réciter un manuel poussiéreux, il va falloir regarder la vérité en face : cette nouvelle génération qui veut devenir photographe ne fonctionne plus comme la précédente. On le sait, on le voit : la Gen Z a grandi avec le scroll infini et les formats ultra-courts. Leur capacité de concentration sur le long terme n’est pas une tare, c’est une adaptation. Demander à un jeune de 20 ans de rester assis deux heures pour comprendre le rapport entre l’ouverture et la diffraction, c’est le perdre en cinq minutes. Et ce n’est pas lié à ses diplômes. Dans les entreprises, dans les bureaux d’études, on change nos façons de fonctionner, de gérer les projets, pour s’adapter à ces nouveaux ingénieurs qui ne fonctionnent plus comme les anciens. Si le contenu n’est pas immédiatement actionnable ou visuellement gratifiant, le cerveau débranche. C’est le « risque de décrochage » puissance dix.

S’adapter ou devenir obsolète

Pour les former, il ne sert à rien de pester contre TikTok ou le manque de patience. Tik tok existe et le manque de patience est un fait. Il faut changer la manière de faire car l’objectif est de leur transmettre une compétence.

  • Le résultat avant la théorie : on shoote d’abord, on analyse pourquoi ça marche (ou pas) ensuite.
  • L’IA comme alliée : pourquoi leur expliquer comment éviter le grain à 3200 ISO quand ils savent que l’IA va débruiter tout ça en un clic en conservant les détails ? On doit leur apprendre à regarder, pas à calculer.
  • Le format « Snack » : Finis les cours magistraux. La formation doit être découpée, rythmée, presque ludique.

Le formateur moderne n’est plus un gardien du temple technique qui impose sa souffrance passée (« Moi, j’ai appris en galérant avec ma cellule à main ! »). Il doit devenir un facilitateur. Si l’élève veut créer une image impactante pour ses réseaux ou ses clients sans savoir ce qu’est un « diaphragme », c’est à nous de lui donner les outils pour y arriver, pas de lui mettre des bâtons dans les roues avec une physique optique dont il n’aura jamais besoin. En bref, si on veut qu’ils apprennent, c’est à nous de parler leur langue. Sinon, on continuera de former des techniciens frustrés là où on aurait pu faire éclore des artistes. Et moi j’en suis où ? Je vous laisse regarder ma formation sur l’utilisation d’un appareil photo et vous me direz.


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2 Comments

  1. Enfin !
    Seul le résultat compte, peu importent les exifs réclamés par les « pros »…
    Et quand l’appareil fait mieux que le photographe, laissons le faire .

  2. Ha enfin quelqu’un qui parle intelligemment !
    Je connais bien le triangle d’exposition mais je ne shoot que très rarement en manuel….
    Auto priorité diaph a 90% + éventuellement correction d’exposition et ael….

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