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Un petit parallèle entre la fenêtre d’Overton et la photographie

La fenêtre d’Overton, aussi connue comme la fenêtre de discours, est une métaphore qui désigne l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme plus ou moins acceptables par l’opinion publique d’une société donnée. (wikipedia). Et on se rend compte que cette fenêtre évolue ou peut même être manipulée. Il suffit de faire croire que l’inacceptable peut arriver pour que des idées radicales deviennent acceptables alors qu’elles ne l’étaient pas avant.

Les idées en photo

Quand vous regardez les avis que l’on peut trouver sur une photo, vous voyez des commentaires comme C’est vulgaire, c’est provocant, c’est indécent, c’est obscène, c’est gratuit, c’est de mauvais goût, c’est kitsch, c’est ringard, c’est cliché, c’est surfait, c’est prétentieux, c’est voyeuriste, c’est dérangeant, c’est impudique, c’est trash, c’est académique, c’est léché, c’est froid, c’est dégradant, c’est insultant, c’est audacieux, c’est subversif, c’est transgressif, c’est cru, c’est minimaliste, c’est suranné, c’est grotesque, c’est poétique, c’est puissant, c’est décalé, etc..

Au fond, ce que l’on ressent face à une photo est toujours subjectif et personnel. Il n’y a pas une seule façon de comprendre une image, car votre regard dépend de toute une série de critères qui nous sont propres. C’est un peu comme si on regardait la photo à travers le filtre de notre propre vie. Plusieurs facteurs influencent notre interprétation. L’éducation et la culture, Le pays et l’environnement, Les valeurs et la religion, L’expérience de vie

La manière dont on a été élevé et les codes culturels que l’on a appris influencent directement nos goûts. Le lieu où l’on vit change notre perception du monde et des réalités sociales. Nos croyances personnelles peuvent donner un sens très fort à un détail qui passera inaperçu pour quelqu’un d’autre. Notre passé et nos souvenirs personnels font que chaque image résonne différemment en nous. En résumé, ce qu’on pense d’une image est un mélange de tout ce que l’on est. C’est pour ça que deux personnes peuvent regarder exactement la même photo et y voir deux histoires complètement différentes.

Un exemple concret

Cette photo de Demi Moore de 1991 réalisée par Annie Leibovitz a fait scandale. Les conservateurs l’ont trouvée vulgaire, indécente. Mais aujourd’hui, cette photo est juste un classique de la photo de grossesse. Représenter une femme enceinte nue est devenu un acte de célébration de la maternité et du corps féminin, presque banal tant la pratique s’est démocratisée. Cela montre bien que ce que l’on pense d’une image est profondément subjectif et évolue avec le temps, et qu’une même image peut passer de l’insulte au chef-d’œuvre. D’ailleurs, sans me connaitre ou me souvenir de la photo d’Annie Leibovitz j’ai réalisé lors d’une séance une photo d’une femme enceinte nue en me disant que cela faisait juste quelque chose d’assez pur et je n’ai pas pensé une seconde que cela puisse être choquant. Mais ma photo n’a pas été réalisée en 1991 mais en 2024 et les mœurs ont évolué.

Et vous. A quel niveau vous placez-vous ?

Cette photo, comme d’autres de la même série, a été offerte comme toute la série à des associations de lutte contre les violences faites aux femmes pour leur communication. Même si cette campagne de photo a été utilisée par la préfecture de Haute-Savoie pour sa campagne, certaines associations n’ont pas souhaité les utiliser car trop violentes et qui rappellent trop de mauvais souvenirs à leurs adhérentes.

J’ai une amie qui n’a pas pu regarder cette photo. Elle est inacceptable pour elle. Elle est très empathique avec les animaux et les voir emprisonnés lui est insupportable. Sa réaction montre bien que notre sensibilité personnelle transforme radicalement la manière dont on reçoit une image. Là où certains y verraient un documentaire, son histoire et ses valeurs morales rendent la vue de cette souffrance absolument inadmissible.

Cette dernière photographie peut susciter des réactions très contrastées en raison de la juxtaposition de symboles contradictoires. Certains vont la juger vulgaire et indécente car elle mêle des éléments associés à la sexualité, comme la nudité partielle, la sensualité et la lingerie, à un objet évoquant l’innocence enfantine, la peluche. Cette association d’idées crée un malaise chez ceux qui y perçoivent une érotisation inappropriée de l’enfance, interprétant la scène provocatrice. Pour d’autres, en revanche, l’image est simplement amusante ou ironique. Ils voient l’association de l’adulte en costume de lapin et de son doudou comme un clin d’œil humoristique aux régressions inoffensives de l’âge adulte. Nous, on s’est juste bien marrés à la faire.

Ça ne serait pas vous le problème ?

La prochaine fois que vous avez un avis tranché ou une réaction de rejet face à une photo, essayez de ne pas rester sur cette première impression. Au lieu de dire « c’est moche » ou « c’est déplacé », demandez-vous plutôt pourquoi cela vous dérange et ce que cela raconte sur vos propres habitudes. C’est l’occasion de bousculer un peu ses certitudes et d’ouvrir sa « fenêtre d’Overton » personnelle pour voir les choses sous un autre angle. Gardez à l’esprit que ce qui nous choque aujourd’hui sera peut-être tout à fait banal demain, alors autant commencer à élargir nos horizons dès maintenant. Par contre si moi je trouve votre photo moche, c’est qu’elle l’est vraiment


Le pot commun

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4 Comments

  1. Bonjour,
    Merci pour cette mise au point qui confirme tout ce que chacun sait intuitivement, mais une fois de plus ça va mieux en le disant…
    Merci également d’avoir étendu ma culture en parlant de la fenêtre d’Overton dont j’ignorais jusqu’à l’existence…
    Bon week-end

    • Elle est devenue très à la mode depuis que certains médias d’opinion ou certains politiques ou certains milliardaires ont décidé de la déplacer pour rendre acceptables leurs opinions extrêmes. Bon week end

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