OuiOui est plus fort que le soleil.
La belle Alizée, qui est modèle et photographe, me propose de faire un nouveau shooting. Le thème, c’est tennis et mariée mais un peu dark sur un ponton. On cale une date. En octobre, on devrait avoir moins de soleil. À part que le réchauffement climatique est là et que, le jour J, il y a un soleil de plomb, pas un petit nuage ou voile pour le cacher, et donc qu’il va falloir que j’arrive avec mon flash à contrer le soleil. Vous allez me dire qu’il suffit de caler la séance en début de journée ou en soirée. Oui, mais Alizée est une maman active et, le matin et le soir, elle est occupée. Vous allez me dire qu’il suffit de se mettre à l’ombre. À part que sur un terrain de tennis il y en a pas, et sur un ponton non plus. Mais OuiOui est un bon technicien, il va trouver une solution.
Alizée.
On a déjà fait pas mal de shootings avec Alizée. On s’entend bien. On se marre bien et en plus elle est aussi photographe. Vous pouvez la retrouver comme modèle sur son compte de modèle https://www.instagram.com/alizee_chtg/ ou sur son compte de photographe https://www.instagram.com/pix_alie/
Revenons à nos moutons.

Pour commencer, je vous conseille d’aller relire cet article pour comprendre quand je vais parler d’« IL » ou de Stop. Pour contrer le soleil, il faut donc un flash qui amène plus de puissance que le soleil. Pour le soleil, vous avez la règle du f/16 (ou Sunny 16). C’est une vieille astuce hyper pratique pour régler votre appareil sans cellule ni mesure de lumière : par journée très ensoleillée, il faut régler l’ouverture à f/16 et caler la vitesse d’obturation sur la valeur exacte des ISO (par exemple, 1/100 s si on est à 100 ISO ou 1/400 s si on est à 400 ISO) pour avoir une exposition correcte. Le problème, c’est que je ne veux pas faire mes photos à f/16 mais à f/4 avec mon RF 70-200mm f/4 L IS pour avoir un beau flou d’arrière-plan. Donc si je décide d’ouvrir mon objectif à f/4, je laisse entrer 16 fois plus de lumière qu’à f/16 (je gagne 4 stops complets (IL) : de f/16 à f/11, f/8, f/5,6 puis f/4). Pour compenser ce gros surplus de lumière et garder une exposition parfaite, je dois donc réduire le temps de pose de 4 IL également et donc passer à 1/1600 s. On va arrondir à 1/2000 s. Donc à 1/2000 s, 100 ISO et f/4, je suis correctement exposé si mon sujet est au soleil. À part que, si je mets mon sujet au soleil, il va plisser des yeux car il aura le soleil dans les yeux. C’est souvent pour cela que l’on conseille d’avoir le soleil dans le dos. Ça évite les yeux plissés et les ombres disgracieuses sur le visage.
Maintenant, quelle est la puissance du flash par rapport au soleil ? Ça dépend de sa puissance évidemment, mais ça dépend aussi du modeleur que l’on utilise, ça dépend de la distance du flash au sujet. Mais on peut dire qu’à 100 ISO avec une octobox double diffusée qui fait perdre 2 IL, le sujet sera bien exposé à f/11 et à 2 m du sujet avec un flash de 600 W à pleine puissance. Vous avez remarqué que je ne parle pas de vitesse pour l’instant car la vitesse, c’est la durée de l’éclair du flash. Donc en théorie j’ai de la marge. Si je descends de f/11 à f/4, je suis censé être 3 fois plus puissant que le soleil. Parfait. Mais si je vais à 3 m, je perds en gros 1 IL. C’est toujours bon, je suis deux fois plus puissant que le soleil. Mais j’ai oublié un élément, la vitesse. Votre flash donne le maximum de sa puissance en 1 éclair. Et pour des raisons techniques liées à l’obturateur de votre appareil photo, cet éclair doit être émis quand le capteur est totalement découvert.

Et ça, c’est ce que l’on appelle la vitesse synchro-flash. Pour mon R7 c’est 1/250 s. Cela veut dire que si je vais à 1/500 s, mon capteur n’est jamais complètement découvert. C’est une sorte de fente qui va de haut en bas. Et donc si un éclair est émis, il n’éclairera que la fente. C’est pour cela que vous pouvez avoir des bandes noires si vous travaillez au flash à une vitesse supérieure à la vitesse de synchro-flash. Seule la fente est éclairée. Heureusement, les constructeurs de flashes ont une parade. Au lieu d’émettre un éclair, ils en émettent plusieurs très rapidement pendant que la fente passe sur votre capteur. C’est le mode HSS (High Speed Sync), mais cette émission d’éclairs a un coût. Ça fait perdre en gros 2 IL. Et je me retrouve donc à la même puissance que le soleil. Oui, mais si je place mon flash à 4 m, là c’est mort, j’éclaire moins que le soleil. Et si mon flash est moins puissant que 600 W comme un simple cobra, c’est mort aussi.
Personnellement, je ne suis pas un super fan du mode HSS. J’ai remarqué que mon AD600B n’aimait pas cela. Il chauffe très vite et perso je trouve que la perte a l’air supérieure à 2 IL. Donc, comment sortir du mode HSS ? Il faut augmenter le temps de pose pour revenir à la vitesse de synchro-flash. Donc revenir à 1/250 s. Mais je ne veux toujours pas fermer plus. Comment faire rentrer moins de lumière ? En utilisant un filtre gris neutre qui va par exemple faire perdre 3 stops (ND 8). Donc si je suis exposé par exemple à 1/2000 s, ça me permet d’aller à 1/250 s (1/1000 s pour le premier stop, 1/500 s pour le deuxième et 1/250 s pour le troisième). Mais la lumière du flash va être impactée aussi ? Oui, mais comme il n’est plus en HSS, il est plus puissant et ça revient en gros au même. Simplement, le flash n’est plus en HSS. Donc que vous soyez en HSS ou pas, on dit souvent qu’il faut un flash de 1200 W pour « éteindre » le soleil ou disons être plus puissant que lui.
De la théorie à la pratique
Allez, on va parler un peu de la pratique après vous avoir saoulés avec la théorie. J’arrive sur le terrain de tennis. Comme prévu, plein cagnard, il est midi, pas d’ombre. Donc les conditions sont bien, malheureusement, celles attendues. J’installe mon matériel, je mets mon ND8 B+W sur mon RF 70-200 f/4 L IS. Une remarque en passant, si vous achetez des objectifs qui piquent fort (beaucoup de détails), n’allez pas leur mettre un filtre bas de gamme dessus qui risque d’altérer le piqué.

Je mets mon appareil en mode Av. Je me mets à f/4 et je fais une photo de test. Comme prévu, mon appareil se met à 100 ISO et 1/250 s.

Je mets donc mon appareil en mode M, 100 ISOs, F/4 et 1/250 s. Je demande à Alizée de prendre la pose derrière le filet. Un essai sans le flash. Alizée est clairement sous-exposée, mais les parties au soleil ne sont pas surexposées, ce qui est logique.

J’allume mon flash qui est a 3m et je le mets à pleine puissance. Alizée est correctement exposée comme prévu. C’est ça qui est pratique avec la science. La pratique rejoint souvent la théorie.
Donc j’ai vaincu le soleil. Youhou ! Il n’y a plus qu’à faire le shooting. Mais il y a quelques contraintes quand même. Le flash est à pleine puissance. Donc il faut attendre son rechargement à chaque fois. En plus, même si on n’est pas en HSS, si on enchaîne les coups à pleine puissance rapidement, le flash en plein soleil crie au secours et lance son ventilateur. La prochaine fois, je prendrai un assistant flash pour le protéger du soleil et lui mettre un parapluie au-dessus, et tant qu’à faire un autre pour me protéger du soleil, moi. Car moi, je n’ai pas de ventilateur en plus. Comme l’AD600 est en théorie capable de faire 600 éclairs à pleine puissance, je tiendrai le shooting complet. Et on a fait la même chose sur le deuxième spot. Là, en plus de la problématique du soleil, on a eu la problématique des petits pontons instables, du flash à caler dans les hautes herbes, voire même dans la vase, et de structures métalliques à ne pas mettre dans le champ. Mais finalement, ne serait-ce pas ça, un photographe ? Le taf de photographe, c’est d’y arriver quelles que soient les conditions. Si c’était facile, ça ne serait pas drôle.


Le resultat
Après ma victoire face au soleil pleine bourre en pleine journée, je suis prêt à relever d’autres défis. Je serai le premier homme sur Terre à faire un shooting sur Mercure. Simple, il me faut un flash de 6400 W vu la luminosité là-bas. Tu me parles, Mirou ? 450 °C ? Il fait 450 °C au soleil sur Mercure ? Tu vois des problèmes partout. Je file l’info à Elinchrom. Ce sont des Suisses. Ils aiment la précision et les défis. Un flash de 6400 W qui résiste à 450 °C, ils vont y arriver. Et puis en plus, comme la gravité est trois fois moindre sur Mercure, ce sera facile à déplacer. Comment ? On n’y est jamais allés sur Mercure ? Ça, c’est parce qu’on n’avait pas la bonne raison. Moi, je l’ai maintenant. Et puis Alizée en combinaison spatiale sera parfaite, comme d’habitude.

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Je connaissais la « nuit américaine » pour le cinéma (scénes de nuit filmées le jour et utilisation de filtres), maintenant nous connaissons la « nuit française » pour ma photo (images de nuit photographiées le jour et utilisation d’un flash puissant). Merci Ouiouiphoto, j’ai compris le principe, maintenat il me faut trouver le flash.
Rigolo…En tenniswoman, elle a la même tenue que son propre modèle, juste moins décolletée…
Le flash, tout un univers qu ej’ai du mal à appréhender !
Elle achète des tenues pour faire ses shootings et ensuite elle utilise la tenue avec moi avant de passer à autre chose. 😉 Le flash, c’est pas si compliqué. J’explique tout. 😉
Pas technique « photo » mon commentaire reste bluffé par le temps que vous consacrer à nous expliquer et tenter de nous faire partager votre expertise, c’est très sympa…je n’ai pas tout compris ou plutot tres peu compris mais j’admire votre travail…Merci et bravo
Il faut relire plusieurs fois. Ce ne sont que des rapports de 2 😉
T’es fou Ouioui !? Pas le moment d’aller sur Mercure, carburants trop chers !
Explications comme d’hab, techniques et claires. Et si pas compris en 1ère lecture, on peut reprendre en haut de page.
Le résultat (waouh !) démontre au dela du côté artistique, le bien fondé de la démonstration.
Merci Ouioui de consacrer tout ce temps à nous faire progresser.
Pas de quoi 😉
Le flash, bien trop peu souvent utilisé et pourtant…… la preuve
Merci 😉