|

Tu n’es pas un vrai photographe car tu utilises…

De tout temps on a eu des photographes qui essayaient d’expliquer à d’autres photographes que eux c’était de vrais photographes et que les autres n’en étaient pas. Et force est de constater qu’à chaque évolution technologique le sujet revient. Ceux qui n’arrivent pas à s’adapter à une évolution accusent ceux qui y arrivent de ne pas être de vrais photographes. Mais le problème, ça ne serait pas eux qui sont hermétiques au changement ? Incapables de profiter des avancées dans leur domaine. J’ai bien peur que si. La gestion du changement est souvent vécue par ceux qui n’aiment pas cela comme une régression. C’était mieux avant.

Ça ne date pas d’hier.

La photographie a vu dans le temps différentes évolutions. On est passé du N&B à la couleur. Et là, on a vu arriver ceux qui nous expliquent que la vraie photographie est en N&B. Le N&B n’ayant rien de vrai. On voit en couleur. Puis les automatismes sont arrivés. Donc là, on a eu ceux qui nous ont expliqué qu’un vrai photographe travaille en mode M. Ce sont les mêmes qui loupent la photo de l’événement qui se passe devant eux car, le temps qu’ils fassent leurs réglages, oups, ce n’est plus là. Puis on a vu arriver les logiciels de post-traitement. Donc là, on a eu ceux qui n’y comprennent rien qui ont commencé à nous expliquer qu’un vrai photographe ne fait pas de retouche, et qui ont commencé à chasser ceux qui l’utilisent pour les discréditer. Et maintenant, on a l’IA et c’est un festival de chasseurs qui font confiance à des IA pour détecter que c’est de l’IA. Ils prennent ça pour parole d’Évangile et tirent à balles réelles dès qu’ils sont persuadés que c’est de l’IA. Et là encore, j’aurais tendance à dire qu’ils n’ont rien compris.

Les détecteurs d’IA

Déjà, comment marche un détecteur d’IA ? Un détecteur de photos générées par IA fonctionne principalement en analysant des anomalies invisibles à l’œil humain et des signatures statistiques spécifiques. Au lieu de simplement observer l’image globale, l’outil examine la structure des pixels, le bruit numérique, la cohérence de l’éclairage et la régularité des textures. Les modèles de génération d’images (comme Midjourney ou DALL-E) ont des manières caractéristiques d’agencer les données qu’un autre réseau de neurones peut repérer : des transitions anormales sur les bords, des artefacts dans les zones floues ou des métadonnées absentes. En comparant ces éléments avec une vaste base de données d’images réelles et synthétiques, le détecteur calcule un score de probabilité indiquant si le fichier a été conçu par un algorithme.

Une technologie développée par Google DeepMind (SynthID) adopte une approche préventive différente en intégrant un filigrane numérique (« watermark ») directement au cœur des pixels lors de la création de l’image. Contrairement à un marquage visuel classique ou à une simple métadonnée qui peut être effacée, la signature de SynthID est imperceptible à l’œil nu mais persiste même si l’image est recadrée, compressée ou subit des modifications de couleur. Le détecteur associé à SynthID ne cherche donc pas à deviner la provenance de l’image par analyse statistique, mais scanne la structure pour y lire ce filigrane numérique indélébile, offrant ainsi une identification rapide et extrêmement fiable des contenus générés par les IA de Google.

Donc on peut les croire pour détecter que ce n’est pas de l’IA ?

Vous vous en doutez, la réponse est non. Un exemple avec Facebook qui taggue maintenant comme IA les images qu’il considère être de l’IA. Voici une photo originale prise dans une église aux Pays-Bas. Facebook dit que ce n’est pas de l’IA. Ça tombe bien, ce n’en est pas.

Et voici maintenant l’image nettoyée dans Lightroom. Vous constaterez que des éléments ont disparu. Ils ont disparu grâce à l’IA d’Adobe. Facebook ne détecte toujours pas que c’est de l’IA.

Et pour cette dernière où j’ai demandé à Gemini de rajouter une personne. Facebook ne détecte toujours pas que c’est de l’IA. J’ai même demandé à Gemini, qui a créé la personne, si c’était de l’IA et Gemini m’a répondu que non.

Donc on peut les croire pour détecter que c’est de l’IA ?

J’aurais tendance à dire qu’ils sont meilleurs. Mais, car il y a un mais, ils détectent quoi ? Pour l’exemple, je vais me servir de ZeroGPT, qui est un détecteur d’IA à la mode, et je lui ai soumis une photo de la belle Julia. La photo est considérée comme réelle et elle l’est. Fluidité sur PS, « dodge and burn », « frequency separation ». Les techniques habituelles de la retouche beauté. La photo est à 82 % réelle même si plein de modifications ont été apportées. Mais ces modifications n’ont pas impliqué l’IA.

Puis ensuite j’ai soumis à ZeroGPT presque la même image. Et là, elle est fausse jusqu’à 99 %. Simplement car cette deuxième photo, c’est la première passée dans ChatGPT et j’ai demandé à ChatGPT de ne rien faire dessus. Simplement, ChatGPT a laissé dans l’image des infos permettant à un détecteur d’IA de les repérer et de dire que ça vient d’une IA. Et donc là, ça soulève le problème du développement. Je peux dans Lightroom monter les hautes lumières. Mais je peux aussi demander à ChatGPT ou Gemini de le faire pour un résultat équivalent. L’une sera considérée comme réelle et l’autre comme fausse.

Mais est-il possible de retirer ces informations ? La réponse est oui. Il existe déjà des services ou des astuces pour le faire. Pour les détecteurs de META Facebook et Instagram, c’est facile. Supprimer quelques métadonnées soi-disant non supprimables marche bien. Pour d’autres détecteurs, c’est plus compliqué mais pas infaisable. Il existe même des services payants. Cela veut donc dire que celui qui veut générer une image par IA et la faire passer « informatiquement » pour réelle peut le faire. Donc on peut contourner les détecteurs d’IA, les détecteurs d’IA ne détectent pas forcément les images générées par IA, les détecteurs d’IA ne font pas la distinction entre une image générée par IA ou une image originale modifiée par IA et, finalement, les détecteurs d’IA font en plus des faux positifs.

Ça me rappelle qu’au début du numérique, on trouvait sur internet des scans de pellicule et des fichiers sortant de l’appareil numérique avec des débats sur : le scan est une photo et pas l’autre. Vu ce que les boîtes investissent dans l’IA et ce que ça leur rapporte, vous risquez d’en avoir rapidement partout. En déplaçant un curseur, votre soft préféré aura décidé, pour améliorer un contour ou un dégradé, de régénérer une partie de votre photo qui sera plus tard détectée comme générée par IA et tout ça à l’insu de votre plein gré. Votre appareil photo, ce traître, aura des modules IA intégrés pour le développement de vos photos. Et donc comme tout ce que l’on pourra montrer aura de l’IA dedans, les détecteurs d’IA n’existeront plus et le débat sera clos. Et comme l’IA va vite, ce que je viens d’écrire risque d’être très rapidement obsolète, ou, comme l’IA va tuer l’humanité d’ici 10 ans, il n’y aura plus d’humains pour lire ce blog.


Le pot commun

Tu aimes ce que je fais et tu trouves mes articles utiles. Participe à l’achat de matériel ou de services en rapport avec la photographie pour que je fasse encore plus d’articles ? Fais-toi plaisir !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *