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Alors ce blocage ? Un petit massage pour aller mieux ?

J’essaye de temps en temps de vous sensibiliser au fait qu’il faut être ouvert d’esprit, analyser une photo quel qu’en soit le sujet plutôt que de se concentrer sur ce qu’elle représente. Pour vous faire ces articles, il m’arrive de faire des expériences sociologiques pour confirmer certaines théories. Aujourd’hui on va donc essayer de confirmer qu’il y a encore beaucoup de gens un peu raides et bloqués qui se concentrent sur ce que représente la photo avant de se concentrer sur la réalisation de la photo. Pour le public non photographe, c’est assez normal, mais pour un public photographe, ça ne l’est pas. Car en tant que photographe, on doit essayer d’avoir une attention et une intention, et c’est cela qu’un autre photographe doit juger même si le sujet ne nous plait pas.

Le contexte

Cette semaine c’était la semaine des annulations et donc des séances improvisées. Lorsque j’ai une annulation, je mets une annonce sur Insta pour dire que le créneau est libre et comme maintenant j’ai photographié beaucoup de modèles et que je suis souvent booké 2 mois à l’avance, il y en a souvent un ou une qui est intéressé(e). Là c’est @by_tycah qui répond, présente. Mais comme il ne nous reste que deux jours avant la séance, ça sera improvisation. Elle choisit des tenues et on imagine des mises en scène et après on trie et on sélectionne les photos que l’on veut garder. Cela veut dire que la modèle est venue de son plein gré et était volontaire pour venir. C’est elle qui a choisi ses tenues et les accessoires. J’ai proposé une mise en scène et une lumière. Ça lui a plu. On a shooté en variant la mise en scène et la lumière. Et à la fin elle a validé le choix final et même lorsqu’elle a reçu les photos, elle a adoré. Les photos ont été postées sur Insta en l’invitant à collaborer et elle a accepté la collaboration. Ça, c’est juste pour expliquer qu’il n’y a aucune contrainte. On était même pas dans un thème « imposé ». @by_tycah est donc venue avec différentes tenues, dont une tenue de biker. Je lui propose donc de s’assoir sur un fauteuil blanc. On est allés de la photo « Fashion » : jolie fille assise sur un fauteuil à la photo Biker repu de bière vautré sur son fauteuil.

Au moment du choix, laquelle avons-nous gardée ? La une, c’est une jolie fille habillée en biker sur un fauteuil. La deux, on est dans le même style, mais la main qui est sur le T-shirt donne plus d’intention. La trois, c’est plus dénudé, cela correspond-il au monde des bikers ? La 4, on commence à avoir une position plus affirmée et la 5, on est dans une pose plus « masculine » d’un biker qui est juste vautré et qui s’assume complètement. C’est celle qui est la plus ambiguë, qui est la plus contrastée entre la féminité de la modèle et la masculinité de la pose. C’est donc la plus intéressante, dérangeante, assumée, appelez cela comme vous voulez. C’est même la plus cohérente avec cette tenue de biker. Au passage, vous voyez l’envers du décor d’une photo non retouchée.

L’expérience

L’expérience consistait donc à mettre sur un groupe Facebook de photographes la photo avec un texte assez accrocheur pour voir quelles allaient être les réactions. Le texte était : Ah d’accord, donc lui c’est un mec ‘stylé’ et elle, c’est direct ‘vulgaire’ ? Bref, double standard ? Bonjour ! Va plutôt me chercher une bière fraîche au lieu de dire des dingueries, ça vaudra mieux pour toi. Je dead, il fait trop chaud. Comme en plus il faisait 40°C à l’ombre, il faisait un petit rappel à la canicule. Il y a eu différentes réactions. Comme je l’ai déjà dit, à partir du moment où on fait des choix, il y a ceux qui vont aimer et ceux qui n’aiment pas. Il est intéressant de noter que ceux qui n’aiment pas ne sont pas forcément classés par sexes. On a à peu près autant d’hommes et de femmes qui aiment et autant d’hommes et de femmes qui n’aiment pas. La photo postée a été celle-là et elle respecte toutes les règles des réseaux sociaux. D’ailleurs le système Facebook, qui a tendance à classer en spam toute photo avec un peu de peau, n’a pas bronché.

Ceux qui on aimé.

  • Je Scrolle souvent les photos car je trouve qu’elles se ressemblent toutes ou presque, mais bravo pour la vôtre, c’est original , bonne lumière, badasse à point avec ce qu’il faut de chic avec le fauteuil et le drapé (sur une moto c’était plus classique), les tatouages sont bien mis en évidence… Pour moi, ce qu’il faut de provocation tout en étant classe.Bon chic, mauvais genre.
  • La lumière est bonne, le cadrage aussi, sur le portable c’est net, sans bavure.
  • J’adore. Très badass.
  • :))) Cette photo me fait rire, si c’est de l’humour, c’est réussi.
  • Très belle photo, si j’aime le sujet où pas, ça ne change rien sur la qualité de ton travail.
  • Une femme où homme dénudé devrait pas être un tabou. Surtout pas dans le domaine artistiques.
  • Et bien moi j’adore. Un style biker qui me rappelle pas mal celui des BD « Litteul Kevin » et « Mammouth et Piston ».
  • Perso j’aime bien , c’est Rock and roll
  • Je fais abstraction de la pose et de la tenue, dans tous les sens, et je regarde la qualité de la photo qui est techniquement réussie. Bien plus que je saurais le faire. Souvent, surtout des hommes comme moi, réagissent à l’esthétique, à la beauté du modèle et à la sensualité qui se dégage de la photo. J’essaie de me concentrer, parfois c’est difficile, sur la qualité de la photo.
  • etc..

Ceux qui n’ont pas aimé

Je ne vais pas vous mettre tous les commentaires car il y en a eu beaucoup, mais on peut les diviser en deux catégories principales. C’est encore une femme dénudée, c’est une vision d’homme, c’est dégradant pour la femme avec toutes les insinuations qui vont avec. Et des fois ce n’est pas des insinuations comme « t’es juste un pervers…Ça doit te plaire et te faire frémir de shooté des petites jeunes à peine habillées » avec deux ou trois emoji vomis. Je me suis fait traiter de « psychopathe » aussi. Donc ensuite ça part en débat habituel des photographes qui sont des voyeurs et des modèles qui sont des nymphomanes (notre point Godwin à nous). Il y a aussi le débat habituel sur le féminisme où certains ou certaines, n’ayant pas compris que la modèle est heureuse de faire cela, disent qu’elle est victime d’une société patriarcale. Ce qui n’est pas faux en soi. Beaucoup de modèles viennent pour prendre confiance et ce manque de confiance vient du patriarcat et de la société de consommation qui leur expliquent qu’il y a toujours un truc qui ne va pas. Mais moi je suis là pour leur redonner confiance.

Ensuite il y a ceux qui ne comprennent pas l’intention. C’est un peu comme l’humour noir ou le second degré. Ça leur passe au-dessus. Pour eux, c’est juste sans intérêt. Ça ne raconte pas d’histoire et ce n’est pas beau et c’est dérangeant. Pour certains, les tatouages tuent la féminité. Ils aiment les photos de fleurs, d’oiseaux, les jolis portraits souriants et ils associent souvent art et esthétisme alors que ce sont deux choses différentes. Pour eux une photo doit leur apporter un plaisir, ça doit leur être agréable. Ceux-là sont les plus intéressants car, avec certains, on arrive à débattre et à leur ouvrir un peu les chakras. Pour ceux qui prennent le photographe comme un voyeur et les modèles comme des nymphos, c’est marrant de débattre, mais ça ne sert à rien. Ils sont bornés la plupart du temps. Mais bon, ça occupe une après-midi de s’amuser à les énerver.

Pourquoi la photo est une vérité et le cinéma une fiction ?

Mon expérience montre que si vous postez la photo d’une fille court vêtue dans une pose suggestive un brin provocante, la mise en scène disparait, la lumière aussi et ce sont les jugements moraux ou les blocages puritains qui prennent la main. Alors que la même fille dans un film, on va saluer son jeu d’actrice, on va saluer la direction artistique. Et on verra dans Télérama.

« À mi-chemin entre le drame social et le western moderne, ce film impose une claque cinématographique magistrale, portée par une révélation théâtrale éblouissante. Dans le rôle de cette jeune femme parachutée au cœur d’un club de bikers féroce et codifié, l’actrice livre une performance d’une intensité rare. Là où le piège du cliché de la « jolie blonde » en détresse ou de l’atout charme un peu facile tendait les bras à la réalisation, la comédienne l’esquive avec une rage et une subtilité désarmantes. Très vite, son apparence physique s’efface complètement derrière la justesse de son jeu. Par la force brute de son regard, la lourdeur de sa démarche et une présence magnétique qui crève l’écran, elle parvient à imposer le respect de ses pairs masculins et, par la même occasion, le nôtre. Elle n’est plus une silhouette esthétique perdue au milieu des chromes et du cuir ; elle devient le cœur battant, viscéral et indomptable, de cette meute sur deux roues. Un tour de force qui prouve qu’au cinéma, le talent pur brise tous les stéréotypes de genre. »

Dans une salle obscure, l’image défile à 24 images par seconde. Le mouvement crée une distance technique. Sur une photo, le temps est suspendu. Ce face-à-face immobile change radicalement notre posture psychologique. La pose provocante ou légèrement vulgaire n’est plus dictée par un scénario, elle semble s’adresser directement à celui qui la regarde. Comme l’image ne raconte pas d’histoire avant ou après l’instant T, c’est le spectateur qui comble le vide. Sans fil conducteur, l’esprit y projette immédiatement ses propres désirs, ses frustrations ou ses tabous. Privée de narration, la photo est sortie de tout contexte artistique pour devenir un simple stimulus visuel.

Dès qu’une photo joue avec les codes de la séduction ou de la vulgarité assumée, elle agit comme un puissant révélateur de nos propres blocages. Contrairement au cinéma (qui est une expérience souvent collective et passive), la photo, surtout à l’ère des réseaux sociaux, appelle une interaction immédiate. C’est là que le vernis craque. Ne parvenant pas à décoder l’image comme une simple performance esthétique ou une provocation calculée, la plupart des gens tombent dans deux extrêmes. L’hypersexualisation : L’incapacité de voir autre chose qu’un objet de désir, donnant lieu à des commentaires d’un lyrisme parfois très lourd. Le jugement moralisateur : la panique face à une liberté corporelle qui dérange, se traduisant par des critiques sur la « décence » de la pose.

Allez, je vous laisse avec un N&B car on a fait aussi plus doux lors de cette séance.


Le pot commun

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