Le filé est une technique qui permet d’avoir un élément net en mouvement, tout en ayant le reste de l’image flou. Vous avez utilisé une vitesse pas très rapide et vous vous êtes déplacé pendant la prise de vue en suivant le sujet à la même vitesse que lui. Donc, comme vous avez suivi le sujet, il est net même s’il se déplace, tandis que le reste est flou, car vous avez volontairement fait un flou de bougé. Mais quelle vitesse choisir ? 1/10 s ou 1/60 s ou plus ou moins ? En fait, cela va dépendre de différents facteurs, mais vous verrez, nous allons rester dans le simple et surtout vérifier que la méthode fonctionne.
La méthode compliquée
La focale donne un angle de champ. En fonction de la distance avec le sujet, on peut convertir cet angle de champ en distance couverte par la photo. On peut même prendre en compte la taille du capteur et l’orientation portrait ou paysage. Ensuite, connaissant la distance couverte et la vitesse du sujet, il est possible de savoir en combien de temps le sujet va traverser l’image. Puis, il faut définir le niveau de flou désiré. Par exemple, on peut vouloir un niveau de flou à 10 %. Cela signifie qu’un point situé au début de l’image lorsque vous commencez la photo se retrouve 10 % plus loin à la fin du temps de pose. En connaissant ces paramètres, on peut calculer le temps de pose nécessaire.
Exemple : on est à 10 m du sujet avec un objectif de 24 mm monté sur un appareil à capteur Full Frame, en cadrant en paysage. La distance couverte par la photo sera de 16 m. Vous pouvez le vérifier avec une bonne petite calculatrice de recul. Un cycliste passant à 50 km/h (14 m/s) mettra 1,15 s pour parcourir ces 16 m (16 m divisé par 14 m/s). Si l’on veut 10 % de flou, le temps de pose doit correspondre à 10 % de 1,15 s, soit environ 0,115 s, soit 1/10 s.
La méthode plus simple
On va essayer d’éliminer les calculs liés à la focale et à la distance en pensant seulement au cadrage. Imaginons que l’on photographie une Formule 1 en paysage. Elle occupe 1/3 de la largeur de l’image. Une Formule 1 mesure environ 3 m, donc la largeur de l’image fait 9 m (3 m multipliés par trois). Cette approche est plus empirique, car elle repose sur la taille du sujet photographié et le cadrage, sans se préoccuper de la focale. Si la F1 roule à 300 km/h (83 m/s), elle mettra 0,11 s (9 m divisé par 83 m/s) à traverser l’image. Si l’on veut 10 % de flou, le temps de pose devra être 10 % de 0,11 s, soit 0,011 s, soit environ 1/100 s.
Et ça marche ?
Prenons cette photo de de Mitul Grover sur Unsplash
Il s’agit probablement d’une Lamborghini mesurant environ 5 m de long. Vu sa taille dans l’image, la largeur de l’image est d’environ 8,50 m. Supposons qu’elle roule à 150 km/h, car elle est dans un virage. Le petit trait dans le gazon montre que le niveau de flou est d’environ 5 % de l’image. La voiture, à 150 km/h (42 m/s), met 0,20 s à traverser l’image. Avec un flou de 5 %, le temps de pose est donc 5 % de 0,20 s, soit 0,01 s, soit 1/100 s. Et devinez quoi ? Je vous jure que je n’ai pas triché ! Après avoir cherché les EXIFs sur Unsplash, elle a bien été prise à… 1/100 s. Donc prenons un autre exemple avec cette photo de de Roman Koester sur Unsplash. Et j’irai voir les EXIFs après mon calcul. Promis. Je ne triche pas
Le vélo fait en gros 2 m. Donc, je dirais que l’image fait 9 m de large. Les petits traits sur la route laisse à penser que le niveau de flou est à 5 %. La route est un peu en descente. Donc, on va dire que le vélo est à 25 km/h (7 m/s environ) alors le vélo va mettre 1,28 s pour traverser l’image. Donc, 5 % de 1,28 s ca fait 0,064 s soit 1/15s. Et maintenant, je vais aller vérifier les EXIFs de la photo sur Unsplash. Et le résultat est… roulements de tambour…1/20s. Donc, je n’étais pas loin
La méthode on s’en bas lec
Il y a plus simple finalement. Ça va vite ? Mettez-vous à 1/100 s. Ce n’est pas assez flou, passez à 1/80 ou 1/60 s. C’est trop flou, passez à 1/125 s ou 1/160 s. Ça ne va pas très vite ? Mettez-vous à 1/20 s. Ce n’est pas assez flou, passez à 1/15 s ou 1/13 s. C’est trop flou, passez à 1/25 s ou 1/30 s. Ensuite, vous avez aussi d’autres choses à faire. Faire la mise au point au bon endroit. Vous pouvez avoir des autofocus qui arrivent à attraper le sujet en mouvement, mais d’autre non. Donc, il faudra faire la mise au point à l’avance la ou le sujet passera. Un autre technique, c’est aussi de se mettre en rafales. Comme cela, sur tout votre mouvement, vous aurez peut-être 2 ou 3 photo. Éviter aussi d’ouvrir trop pour avoir une profondeur de champs suffisante. Vous allez bouger donc ça ne sera pas hyper précis comme mise au point. Il faut alors assurer avec une profondeur de champs suffisante.
Et surtout n’oubliez pas que la difficulté dans le filé ce n’est pas la technique de l’appareil photo. La difficulté, c’est votre faculté à vous déplacer en rotation à la même vitesse que le sujet. Toute la difficulté est là. Donc, on se cale bien ou on utilise un trépied qui stabilisera la hauteur. Et comme dirait mon entraineur : « Les gars, la maîtrise des appuis, c’est la clé de la victoire ! Ça vous permet de vous déplacer rapidement, d’éviter les à-coups, et de créer votre suivi impeccable. Et l’appareil photo, c’est le prolongement de votre corps, il faut le sentir comme une partie de vous-même. On va travailler sur la coordination, l’équilibre et la force des jambes. Le respect de la photographie, ça va au-delà de la simple prise d’un photo. C’est une question d’état d’esprit, de fierté, d’honneur. C’est compris !! » Oui Monsieur Laporte

Tu aimes ce que je fais et tu trouves mes articles utiles. Participe à l’achat de matériel ou de services en rapport avec la photographie pour que je fasse encore plus d’articles ? Fais-toi plaisir !








Très bon article. Pour compléter sur les conseils : ne pas s’arrêter dans son mouvement de rotation au moment d’appuyer sur le déclencheur.
Magnifique leçon !
Une entrée en 2025 à toute allure ! Merci pour ces démonstrations et à vos muscles, neurones et calculettes.
Merci bcp et bonne année qui j’espère n’aura pas à « filer » trop vite …